Depuis des années, on nous enlève la production et les équipements pour les amener en Hongrie et en Pologne » David, salarié de Bridgeston Bethune

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Humeur

jeudi 2 décembre 2010 (Date de rédaction antérieure : 1er octobre 2020).

- MAUVAISE CONSCIENCE

L’oeil était dans la tombe et regardait Caïn. (Victor Hugo, La Conscience) Il y a quelque temps que je ne l’avais pas vue. Je l’ai croisée dans une allée d’un supermarché. 75 ans, bien mise, pas trop de problèmes de santé ; elle vit seule, pas de famille, peu d’amis, quelques relations de voisinage. A un détour de la conversation, une réflexion qui glace, venue tout tranquillement, presque naturellement : « Oh, il vaudrait mieux mourir, ça rendrait service ». L’explication est venue ensuite : « Bah, oui, avec ces problèmes de retraite que les jeunes doivent payer ; j’en ai assez profité ». L’argumentation gouvernementale sur les raisons démographiques de la réforme des retraites est passée par là.

Jusque là, je n’avais entendu que des réactions égoïstes, du genre « Il faut bien qu’ils travaillent plus longtemps pour me payer ma retraite ». Pour la première fois, j’ai rencontré quelqu’un qui, ayant admis le message officiel, en avait eu une réception généreuse, sociale, solidaire jusqu’à l’acceptation du sacrifice. Comme dans ces fictions futuristes où les humains inutiles sont envoyés à l’abattoir. Elle ne fait pas de politique, comme on dit. Elle ne manie pas ces idées séditieuses qui font un parallèle entre les réjouissances de la finance et les misères des exclus, entre le luxe accordé à quelques-uns et la détresse dévolue à beaucoup d’autres, entre l’arrogance d’un Sarkoléon et le désespoir d’un chômeur. Elle n’a pas de conscience de classe, comme disent les marxistes. Un ami prêtre disait un jour comme il avait du mal à trouver une parcelle de Dieu chez certains des criminels qu’il allait visiter en prison, condamnés pour des actes horribles. Mais tous ces dirigeants qui arrivent à persuader une vieille dame qu’elle est coupable de vivre, qui lui font honte de percevoir une retraite… on pourrait à la rigueur leur pardonner s’ils ne savaient pas ce qu’ils font.

Guy Cure

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