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Humeurs..

samedi 29 décembre 2007 (Date de rédaction antérieure : 1er octobre 2020).

- SPE SALVI

La seconde encyclique de Benoît XVI a été publiée le 30 novembre. L’Humanité du 8 décembre lui a consacré une double page avec les points de vue de Michael Löwy, directeur de recherches au CNRS : "Aucune encyclique ne pourra briser les luttes populaires", de Mgr Hippolyte Simon, archevêque de Clermont : "Pas d’engagement militant sans espérance", de Frédéric Lenoir, directeur du Monde des religions : "Le pape enferme l’église catholique dans une posture sectaire", et d’Antoine Casanova, directeur de la Pensée : "Nous avons mieux à faire dans le sens de l’espérance". Des titres significatifs de l’inquiétude, voire du rejet que suscite la lecture de Spe Salvi (Sauvés dans l’espérance).

Les articles ci-dessus peuvent être consultés sur le site internet de l’Humanité. Il ne s’agit ici que de livrer quelques impressions personnelles. "Du Ratzinger pur jus". L’expression est du cardinal André Vingt-Trois. Elle vaut aussi bien pour la forme que pour le fond.

On retrouve le style littéraire de la première encyclique où abondaient déjà les références étymologiques et philologiques. Le texte est d’un abord difficile, parait docte et condescendant. On est loin de la vigueur de l’évangile de Jean et de la concision des logia de Thomas. Comment prétendre à l’universalité quand on considère les athées comme des sous-hommes, dont le dévouement et la compréhension ne peuvent être que superficiels. Benoît XVI théorise son mépris en se livrant à une charge contre les philosophies matérialistes et en particulier le marxisme. On pourrait sourire en lisant le reproche "d’une destruction désolante". Mgr Vingt-Trois précise dans la préface que "le matérialisme scientifique a généré un asservissement à des dictatures sanglantes". Il ne s’agit pas de se battre à coups de cadavres, ou de réclamer des déclarations de repentances ; mais sur ce sujet, on pourrait espérer un peu d’humilité et de discrétion de la part de chefs religieux. On pourrait sourire aussi en lisant le reproche fait à Marx de ne pas avoir prévu ce qu’il fallait faire après l’instauration de la dictature du prolétariat, laissant Lénine désemparé de ne pas trouver de recette "dans les écrits du maître". Alors que c’est précisément la dogmatisation du marxisme qui en a fait une religion d’état sclérosée, asservissante et sanglante.

Les véhémences contre les philosophies matérialistes sont à la mesure du silence couvrant le matérialisme cruel des financiers. Pas un mot contre l’Argent, ce nouveau dieu qui tyrannise le monde et aveugle les consciences. Benoît XVI désigne les philosophes matérialistes comme boucs émissaires pour expier "la crise actuelle de la foi qui, concrètement, est surtout une crise de l’espérance chrétienne". Il ignore les responsables des problèmes désespérants auxquels les hommes sont concrètement confrontés. Il néglige d’espérer "plus que ce qu’on peut espérer des autorités politiques et économiques".

Et le pape reçoit Bigard à la suite de Sarkoléon-le-petit. Aussitôt après la réception fastueuse de Kadhafi et l’affichage avec Carla chez Disney, voilà qui prend le sens d’une absolution pour notre président au comportement si peu chrétien, dans sa vie privée comme par les mesures qu’il prend. Et quand le nouveau chanoine de Latran écorche la laïcité, en avançant vers l’officialisation du catholicisme comme religion d’Etat, on a l’impression d’assister au partage d’un butin.

Benoît XVI termine son encyclique par une prière à " Marie, étoile de l’espérance ", et se réfère à l’Annonciation, citant les mots de l’ange à Marie, en écho à Jean-Paul II, " Ne crains point ". Mais si Gabriel se veut rassurant, c’est qu’il y a bien motif d’inquiétudes. D’ailleurs les imagiers champenois et flamands représentaient souvent Marie avec un geste de réflexion, voire d’hésitation ; et c’est le messager de Dieu qui s’agenouillait devant elle. L’accord de Marie était réfléchi. Dans le même temps que la Renaissance italienne, le statut de la femme a changé. Les représentations de l’Annonciation ont alors montré un représentant de Dieu dominateur, et Marie obéissante et soumise. On devine à quelle image les chrétiens sont invités à se référer. Naguère, une artiste de l’ex-RDA chantait "Leute ohne Rückgrat haben wir schon zuviel" ( [1]). Ce sera sans doute le combat incessant de l’Homme, de ne jamais courber l’échine, de ne pas se contenter du possible défini par des spécialistes. A la lumière de Marx, et de Jésus.

Guy Cure

Notes

[1Des gens sans colonne vertébrale, on en a déjà trop.

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