« Cette Fête de l’Humanité autrement, c’est un acte de résistance. » Ernest Pignon-Ernest

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Humeurs

vendredi 17 août 2007 (Date de rédaction antérieure : 18 septembre 2020).

- LES POÈTES

Je revenais de Belfort. Le Corail surfilait le paysage d’un beau cordon orangé, quand un contrôleur pimpant neuf m’aborda sans façon pour vérifier mes titres de transport. Je sors ma carte Vermeil qui est jaune (tout change à la SNCF) et mon billet qu’il poinçonne sans lui demander son avis. Je profite de sa présence pour lui poser des questions vachardes sur les retards, les pannes ou la vétusté du matériel, non sans l’avoir auparavant mystifié avec des considérations banales sur la saison pourrie et le temps toujours changeant. Ce n’est pas, insinué -je perfidement, comme la ligne Paris-Bâle qui, depuis 1850, ne change jamais, vu qu’elle n’est toujours pas électrifiée. Traîtreusement j’y ajoute une anecdote comme maman du sucre sur une confiture aigre. Un ami a fait ce matin Paris Mulhouse en TGV pour 15 euros seulement, mais 42 euros, c’est beaucoup, pour le retour. Mais où est donc le service public ?

L’homme était coiffé à la cheminote d’une casquette seyante agrémentée d’un sourire qu’il eut éteint au cas où mes papiers n’auraient pas été conformes. J’aime les hommes affables, qui font semblant de résister à mes charmes. Il épousa ma thèse et ma colère sur le temps très avarié et cette pluie qui gâtait le mois d’août et ses tomates, avec blés et orges versant sous l’averse. Je crois qu’il était prêt dans l’instant à signer une pétition pour protester. Quant aux tarifs du TGV, il m’en expliqua le mystère : "Ce sont des prix discount, du bizness, rien à dire. Au contraire, le TGV c’est un produit qui veut vivre ! Quant à l’électrification, mon pauvre ami, faut pas rêver, ça coûte les yeux de la tête, balises et prises comprises. (Un brin de poésie ne dessert pas l’exercice de la profession !) Les choses sont comme elles sont. On ne comprend pas tout dans le progrès. Moi, je fais confiance. Là-haut, nous avons des ingénieurs, des directeurs et des politiques qui savent. Nous sommes trop petits pour y changer quelque chose."

Il faut rendre hommage à la vertu de cet homme qui délaisse les tâches réalisables, mineures et terre-à-terre pour s’attaquer aux grandes questions universelles comme le temps que Dieu lui-même n’a pas su résoudre. Moi, Malicette, j’ai honte d’en rester à vouloir bâtir le monde de tous les jours avec plots, poteaux et trains électriques chevauchant des terres chaotiques…Tiens, me voilà poétesse aussi !

Malicette

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