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Korian et Orpea, les deux géants des Ehpad dans la tourmente

mercredi 22 avril 2020 , 517 : visites , par JPC

Ils ont connu des résultats exceptionnels en 2019 : +12,2% de bénéfices avant impôt pour Korian, numéro un français. +11,6% de résultat net pour Orpea. Pourtant, ces deux géants sont loin d’être à la hauteur dans la gestion de cette pandémie.
Hasard du calendrier, les résultats florissants des deux géants des Ehpad sont tombés au début de la crise du Covid. Pour Korian, le numéro un français, détenu à 29,5 % par Predica (filiale assurance-vie de Crédit agricole assurances) et Malakoff Médéric Humanis, l’année 2019 aura été faste. Son chiffre d’affaires s’élève à 3,6 milliards d’euros, soit une hausse de 8,3 %. Le bénéfice avant intérêts et impôts (Ebitda) se monte à 535 millions d’euros, en augmentation de 12,2 % par rapport à 2018. Quinze jours plus tard, Orpea, géant détenu en partie par le plus gros fonds de pension canadien CPPIB et comptant 1 014 établissements dans 22 pays, affichait pour 2019 un chiffre d’affaires en forte croissance de 9,4 % à 3,7 milliards d’euros et un résultat net consolidé en hausse de 11,6 %. Le mastodonte table déjà sur un chiffre d’affaires en hausse de 8 % pour 2020.
Mais la success story financière a vite été éclipsée par le manque de réactivité face à la pandémie.
Le 28 février dernier, la directrice générale de Korian, Sophie Boissard, en était encore à ironiser : « Aujourd’hui, on est en train de mettre l’économie, l’activité humaine, dans une espèce d’hyperréaction collective, de psychose, on va tous mourir en bonne santé », avait-elle lâché sur BFM Business. Depuis, le coronavirus a percuté de plein fouet les établissements. Une aide-soignante est décédée dans un Ehpad à Mulhouse et les familles ont porté plainte après la mort de plus de 36 malades au sein de la structure Korian de Mougins. Si la direction tente de redorer son image, toutes les failles du modèle financier axé sur la rentabilité extrême apparaissent au grand jour.
« On le dénonce depuis des années, mais les Ehpad sont financés à plus de 45 % par de l’argent public, rappelle Albert Papadacci, délégué syndical central CGT chez Korian. Cela paie 60 % des salaires dans les structures, mais interroge aussi sur le contrôle de ces groupes privés lucratifs touchant de l’argent public. » Korian n’a jamais été avare de dépenses en communication pour juguler toute mauvaise presse. Côté stratégie, il mise sur des rachats à tout-va de maisons de retraite – dernièrement en Espagne et aux Pays-Bas – et se montre généreux avec ses actionnaires qui ont reçu, selon la CGT, « 65 millions d’euros » de dividendes en 2019. « Le groupe ferait mieux d’investir dans les conditions de travail au lieu de faire du bling-bling », s’agace Albert Papadacci.
La CGT a déclenché six droits d’alerte pour dangers graves et imminents
Chez Orpea, alors que la direction assure que seule une quarantaine de cas de Covid ont été déclarés dans cinq pays, la CGT a déclenché six droits d’alerte pour dangers graves et imminents dénonçant le manque de protection et de matériel. Pourtant, comme l’explique Guillaume Gobet, représentant syndical CGT : « Nous avons des établissements en Chine, donc, dès le mois de décembre, on savait ce qui risquait de se passer. Le groupe est en pleine expansion, le directeur général a touché une rémunération de 1,7 million d’euros en 2018 et on va quémander des masques à l’agence régionale de santé dans les Bouches-du-Rhône parce que Orpea ne veut pas les payer ! Même si 30 % d’une journée en maison de retraite est financée par la Sécurité sociale, l’État ne leur demande pas de comptes. » Fondateur d’Orpea, Jean-Claude Marian a, lui, senti le vent tourner. Comme le révélait le Canard enchaîné, celui qui figure parmi les 500 Français les plus riches avait vendu, dès le 22 janvier dernier, ses 4,08 millions d’actions avant que le cours ne chute pour un jackpot de 456 millions d’euros. « Pendant ce temps-là, les résidents exposés au virus paient de 4 000 à 15 000 euros par mois et mangent pour 4,20 euros par jour en matières premières », rappelle Guillaume Gobet

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