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Lectures confinees

LE COMMUNISME EST MORT, VIVE LE COMMUNISME !

vendredi 10 avril 2020 , 40 : visites

Le grand philosophe marxiste Lucien Sève est décédé du coronavirus le 23 mars 2020 à l’âge de 93 ans, il laisse derrière lui une oeuvre intellectuelle considérable et trop méconnue. Nous reproduisons à cette occasion l’entretien qu’il avait accordé à l’Humanité le 8 novembre 2019.

LE COMMUNISME EST MORT, VIVE LE COMMUNISME !

L’écroulement du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, est présenté par les médias dominants comme « la mort du communisme ». Vous venez de publier le Communisme ? (La Dispute), où vous affirmez au contraire sa pleine actualité. Comment comprendre ce qui s’est produit au XXe siècle ?

Lucien Sève : (…) Ce qui est mort sous le nom foncièrement frauduleux de «  communisme », fin 1989, avec la chute du mur de Berlin, puis, en 1991, avec l’effondrement de l’Union soviétique, n’avait en profondeur rien à voir avec le communisme en son authentique sens marxien. En 1917, la victoire de la révolution bolchevique en Russie a pu faire accroire que l’ère du communisme allait commencer. Mais, en 1921, une fois gagnée l’effroyable guerre civile déclenchée par les officiers tsaristes avec l’appui militaire des pays capitalistes, Lénine a la lucidité de comprendre que le passage de la Russie au socialisme, entendu comme première phase du communisme, est impossible avant longtemps pour cause de prématurité historique. « Nous avons tout le pouvoir, dit-il, mais nous sommes arriérés  », « nous ne sommes pas assez civilisés ». (…) D’où le choix d’une politique, la NEP, tournée vers la longue maturation des préconditions matérielles et culturelles d’un vrai passage au socialisme. La mort de Lénine, en 1924, est une catastrophe. Staline liquide la NEP, violente la paysannerie et les ouvriers, brutalise ses opposants avant de les liquider. Il tourne le dos à Lénine (…) et engage l’Union soviétique dans un national-étatisme étranger à la visée communiste marxienne qu’il n’a jamais vraiment comprise et tient même pour pure utopie.

En quoi le communisme, en ce que vous appelez la « visée communiste marxienne », répond-il aux conditions d’aujourd’hui ?

Lucien Sève : (…) D’abord, engager sans aucun délai la sortie du capitalisme devient une tâche mûre en ce sens que nous n’avons littéralement plus d’autre choix. La dictature mondiale du profit financier nous conduit à une proche catastrophe écologique, perçue de tous, et à une non moindre catastrophe anthropologique, incroyablement peu dite. Engager le passage à un post-capitalisme viable est devenu une question de survie pour le genre humain civilisé. À quoi s’ajoute la véritable entrée en folie suicidaire du système : le capitalisme de la « nouvelle économie » et des plateformes détruit le travail social, sacrifie l’économie réelle à sa boulimie de richesse virtuelle en constante menace d’éclatement, avoue de plus en plus ouvertement son caractère parasitaire et sa perte de justification civilisée, pousse l’idéologie californienne jusqu’à la prétention de régenter tout l’avenir humain (…). Ces deux raisons de juger mûre l’exigence de communisme sont aussi, hélas, des raisons d’envisager le pire : le capitalisme ne va pas s’effondrer de lui-même, il a encore la force de nous conduire tous à la mort, comme ces pilotes d’avion qui se suicident avec leurs passagers. Il urge d’entrer dans le cockpit pour nous emparer ensemble des commandes. Mais ici apparaît la troisième donnée, encore subalterne mais en essor très sous-estimée : des « déjà-là de communisme » potentiel ou même effectif se forment partout.

Des « déjà-là de communisme » ? Qu’entendez-vous par là ?

Lucien Sève : Possibles technologiques gigantesques de bienêtre pour tous, bourgeonnement multiple de rapports postclasses, irrésistible poussée d’émancipation humaine que domine l’entrée en scène des femmes, foisonnement d’initiatives des individus et des peuples pour prendre en main leur sort, et le nôtre à tous… On est encore bien loin du but, et pourtant, en un sens, il est à portée de main. Qu’est-ce qui manque tragiquement ? Je dirai : l’audace intellectuelle de juger venue l’heure d’engager pour de bon le passage au communisme, à rien de moins que le communisme. L’obstacle décisif n’est pas en l’adversaire mais en nous.

Entretien réalisé par Pierre CHAILLAN

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