“Si l’argent, vient au monde avec une tache naturelle de sang sur la joue, le capital naît dégouttant de sang et de boue des pieds à la tête.” Karl MARX

L'Humeur
  • GRAND ORIENT MAL ORIENTÉ
  • 7 novembre 2019,
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NOS PEINES

Lucien DESFÊTES

jeudi 7 novembre 2019 , 9 : visites

L’annonce de la mort de notre camarade Lucien Desfêtes a fait rapidement le tour du département tellement Lucien était ce qu’on appelle une figure.

Figure du syndicalisme d’abord, dans lequel il milita toute sa vie, figure au Parti Communisme, à qui il garda fidélité et solide attachement. Mais cela ne suffit pas à dire toute l’originalité du personnage, attaché aux valeurs de partage qui animent l’action des communistes. Il faisait partie de ces gens, au coeur haut placé, qui avaient érigé la solidarité, la fraternité, la justice comme vertus indispensables au bonheur de tous. C’est ce qu’on appelle l’humanisme. Lucien était un humaniste. Cela suppose aussi l’engagement réel, concret. On n’est pas un humaniste en pantoufles, au coin du feu. “L’avenir, disait Aragon, c’est ce qui dépasse la main tendue”. Dès ses plus jeunes années, Lucien s’est engagé. D’abord en étant un ado vivant, actif, curieux, s’investissant dans la musique avec son père, le chant choral, le théâtre, adorant l’opéra comme Krasucki, ou en organisant des fêtes. Son nom ne l’indique-t-il pas ? Qui a dit que les ouvriers étaient des illettrés, insensibles aux beautés artistiques ? Né en 1927, Lucien avait treize ans en 1940 : le bon âge pour comprendre les choses tragiques de la guerre. Et puis, il faut travailler, quitter l’école. Son père l’embauche chez Mauchauffée en 41. Il y est commis de bureau. Il y fréquente des militants, des patriotes. On aimerait savoir qui, parce qu’il adhère à dix-sept ans à différents groupes, les FUJP, Forces unies des jeunesses patriotiques, moitié coco, moitié catho, ou à l’UJRF, celui-là totalement rouge. Le voilà résistant FTPF et sans doute agent de liaison ou transporteur de produits plus compromettants.

À la Libération, il devient militant syndical, et pas à la petite semaine. Il est vite permanent de 46 à 47. Il entre à la Sécurité sociale dont il est viré. C’était chaud à cette époque bien que ce soit la guerre froide. Son procès dura deux ans avec l’employeur. Par la suite, il sera treize fois viré. C’est un peu comme Jésus au Chemin de Croix, une station supplémentaire. Dans les périodes de mise à pied, le fric ne rentre pas à la maison. Viré, bien sûr, pour son combat syndical permanent et sans concession.

Lucien, dans ses pérégrinations, a appris à connaître les “boîtes” troyennes par le menu. Il a travaillé aux transports Lemaire, comme vendeur chez Gommichon, laveur à la Blanchisserie du Cygne, démarcheur de pub aussi. Il redevient bonnetier en 1958 chez Daout, puis chez Joudrain rue des Noës. Dubix l’embauche de 60 à 62, année de son mariage avec Suzette, puis le licencie. Il reste un mois sans boulot. Après les Ets Bazin, il atterrit chez Ventex, la fameuse usine des Capucins, “sa dernière étape”, dit-il. Il y reste vingt ans jusqu’en 1982. Il y finit bonnetier. La gauche était aux portes.

Sa vie politique et syndicale est moins tourmentée. C’est un fidèle, bien que sachant rouspéter et poser les questions qui fâchent. En 59 il est secrétaire de la cellule Casanova. La Résistance l’a beaucoup marqué, il organisait tous les ans une cérémonie au pied de la plaque des cinq fusillés de l’usine Ventex. En 1945, il avait tenu à créer un cercle « André Parise », en hommage à son camarade disparu en déportation. Mais voilà que le disparu réapparait. “Sa plus grande joie”, dit de lui Dédé Parise, ce fut de débaptiser le cercle. Cet épisode montre aussi son attachement à la mémoire et à la culture. Dès que la revue la Bourse du Travail a été créée, il a tout de suite participé. On trouvera ses interventions dans cette revue et sur le site de la Dépêche de l’Aube. Il a d’ailleurs accumulé de nombreux documents, rapports, anecdotes, dont il a donné la plus grande partie sous forme de 40 brochures à l’Institut d’Histoire Sociale de la CGT, le 16 mai 2000 en présence du maire de Lesmont, M. Blanchet. Une photo prise par Michel Bourbon scelle cet évènement.

Dans ses écrits, ses trois familles, politique, syndicale et personnelle, étaient mêlées. On pourrait appeler ça des OEuvres Croisées, comme pour Aragon et Elsa. Il note en 1955 la naissance de Marylène, sa fille, et son licenciement de la Sécu. « 1956, je suis licencié de chez Lemaire et Suzette a son permis  ». Il rappelle qu’en 1959, il a remplacé René Jourd’heuille quand celui-ci était parti en URSS et aussi quand ce même René fut opéré de la jambe parce que les boches avaient tiré dans le tas des otages, à Bar-sur-Seine en août 1944.

Il écrivait souvent à la Dépêche pour s’étonner d’un oubli ou d’une erreur, pour donner son avis, rappeler un fait historique. Et il le faisait de sa plus belle plume sergent-major, avec pleins et déliés et majuscules ornementées.

Lucien était un militant humble mais vivant, sur ses deux pieds et dans sa tête, qu’il avait bien faite et bien pleine, parce qu’il lisait beaucoup et écoutait beaucoup pour alimenter les discussions qu’il adorait ; c’était une mémoire vivante de la classe ouvrière. Ces époques difficiles et ces vies ardentes doivent continuer à alimenter notre mémoire. Aujourd’hui qu’il n’y a plus que les petits discours de la droite au pouvoir à se mettre sous la dent pour former notre civisme, nous savons par la vie de Lucien Desfêtes et de tous nos camarades disparus que les circonstances, même tragiques, trouvent toujours leurs héros, des personnalités adaptées aux évènements et qui fourniront à l’avenir des jalons pour l’histoire, et une morale pour guider nos lendemains qui finiront peut-être par chanter si on s’y met tous ensemble.

Lucien eut deux garçons et deux filles avec Suzette. Ils sont tous, eux et leurs familles, dans la peine aujourd’hui. Mais nous sommes là pour leur dire toute l’affection qu’on leur porte, nous ses camarades de la Dépêche de l’Aube et de la fédération du Parti Communiste. Nous leur adressons un message de profonde sympathie.

Jean Lefèvre

 

— Dernièrement, le fils de notre camarade Huguette BENARD est décédé à l’âge de 37 ans suite à un problème de santé. L’ensemble de la section de Brienne-le-Château, où Huguette milite, lui présente, ainsi qu’à ses enfants, ses fraternelles condoléances. La direction de la fédération du PCF s’associe également à ce message.

—Nous avons appris avec beaucoup de peine le décès de notre camarade Jean-Max TONDY à l’age de 71 ans. Fidèle militant de la section PCF de Troyes, il avait également milité au sein du collectif des privés d’emploi de la CGT. Nous adressons à toute sa famille nos plus fraternelles condoléances.

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