“Lorsqu’un gouvernement est dépendant des banquiers pour l’argent, ce sont ces derniers, et non les dirigeants du gouvernement qui contrôlent la situation, puisque la main qui donne est au dessus de la main qui reçoit.” Napoléon Bonaparte

L'Humeur
  • DE GUY CURE
  • 8 août 2019
  • Le calcul du « jour du dépassement pour la planète » devrait être pour tous les dirigeants politiques et économiques un signal d’alerte qui justifie et nécessite un nouvel ordre mondial. Le même calcul par pays permet de situer plus précisément (...)

  • Lire la suite
Accueil > l’hebdo > 2019 > AOUT 2019 > N° 1559 > un peu d’histoire...

un peu d’histoire...

jeudi 8 août 2019 , 282 : visites

Il y a des gens qui surfent sur l’histoire comme sur un lac à peine gelé. C’est un sport dangereux. Il y a quelques années, il était pratiqué par une partie de la droite, aujourd’hui on l’a laissé au RN.

C’est un nommé Vernet, un bleu pas très entraîné, qui s’est lancé dans la course. Il n’a fait que relayer l’insulte, qu’à Ian Brossat, lança Daniel Riolo, pour une fois bien nommé, sur le plateau des «  Grandes gueules ». Il s’agissait de la calomnie déjà bien décatie de la soi-disant collaboration du PCF avec Hitler en 1940.

Pour bien comprendre de quoi il retourne, il faut partir de l’accord de non agression germano-soviétique signé le 23 août 1939. Ce fut comme un coup de tonnerre dans les diplomaties occidentales. Les communistes eux-mêmes furent désarçonnés et Daladier en profita pour les mettre au ban de la société. Ceux qui approuvaient le pacte devenaient des ennemis et des traitres. Une citation de Clément Attlee, ministre anglais, permet pourtant de mieux comprendre cet accord. Il écrit : «  Les diplomates britanniques et français ont traité le gouvernement soviétique avec une telle désinvolture que nous aurions, nous travaillistes, agi comme Staline  ».

Le but était effectivement, pour Londres et Paris, de laisser pourrir la demande réitérée des soviétiques d’un accord tripartite contre Hitler. Georges Bonnet, ministre des Affaires étrangères français, disait : «  Il faut laisser l’Allemagne se perdre dans les sables du Danube.  » Après avoir aidé Franco par la non-intervention1, Bonnet rêve d’une guerre germano-soviétique. Il n’est pas le seul. Les forces d’extrême droite en France rêvent déjà d’un système dictatorial sur le modèle italien ou même germanique.

De son côté le PCF, dès cette signature, rappelle sa position qui est d’affirmer qu’un pacte tripartite est toujours possible, mais que « Si Hitler, malgré tout déclenche la guerre, alors qu’il sache bien qu’il trouvera devant lui le peuple de France uni, les communistes au premier rang, pour défendre la sécurité du pays, la liberté et l’indépendance des peuples.2 » On se souvient encore que le jour même, le 26 août 1939, où l’Humanité était saisie, le journal titrait « Union de la nation française contre l’agresseur hitlérien.  » Les communistes ont été nourris, depuis 1934, dans l’idée qu’il faut barrer la route au fascisme. Les Brigades internationales le démontrent, la vie des héros de la Résistance aussi3, ou encore les écrits d’Aragon dans Ce Soir. Les dirigeants communistes allemands ne sont-ils pas déjà dans les camps de la mort ? Et le PCF collaborerait avec son pire ennemi ?

Reste le second volet qui alimente la calomnie, c’est celle de la demande par Jacques Duclos de la reparution de l’Humanité durant les premiers mois de l’occupation. C’était évidemment une erreur politique due à une stratégie issue de l’IC (Internationale communiste ou Komintern) déclarant que la guerre entre l’Allemagne et les occidentaux était une guerre entre deux impérialismes. Cela n’empêchait nullement la lutte antifasciste comme le déclarait l’IC : « Il est nécessaire en même temps d’indiquer aux partis qu’ils doivent continuer la lutte antifasciste. » Duclos ajoute quelques jours plus tard : « La guerre qui est commencée est une guerre impérialiste ayant un caractère révolutionnaire antifasciste.  » Il est engueulé par Eugen Fried (le représentant en France de l’IC). Les Français sont donc assez réticents pour appliquer la ligne stratégique que l’Iinternationale communiste abandonnera en 1941. Cette dernière donne des consignes équivoques : « Utilisez moindre possibilité favorable pour faire sortir journaux syndicaux, éventuellement Humanité, en veillant à ce qu’ils restent sur une ligne de défense intérêts sociaux et nationaux et ne donnent aucune impression solidarité avec envahisseurs ou leur approbation.  »4

Cette réticence se voit ici, dans l’Aube, quand Romagon, dès septembre 40, organise le ramassage des armes et leur mise en sûreté. Ce n’est pas une attitude collaboratrice que je sache. Et le PCF organisera, dès janvier 41, le fameux Front National de la Résistance.

JEAN LEFÈVRE

1 - « Ce mot mensonger, destiné à couvrir un crime. » Aragon dans Ce Soir.

2 - Maurice Thorez à la Chambre le 25/08/1939.

3 - La vie de Marguerite Buffard est racontée sur Thème-radio (90.3) les lundi (10 h) et jeudi (13 h 30).

4 - Ces citations sont tirées de l’introduction que fit Serge Wolikow au travail de l’historien Roger Bourderon à la suite de l’ouverture des archives de Moscou . La négociation, Ed Syllepse. 2001

Société Nouvelle de la Dépêche de l’Aube, 22 ter rue Anatole France- 10000 TROYES. Tél 03 25 73 32 82. Fax 03 25 73 84 13 6 SARL au capital de 300 euros. Durée 99 ans. Gérant-Directeur : jean Lefevre. Associés à part égales : Jean Lefevre, Anna Zajac, Hugues Petitjean, Françoise Cuisin, Geneviève Delabruyère. Inscription Commission Paritaire N°0211 C 87550. Abonnements : 1 ans = 30 euros Régis, publicité, petites annonces : La Dépêche de l’Aube - Imprimerie JMI 87, av Gallieni 10300 STE-SAVINE.

|