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Déficit public, dette, inflation...

Ces chiffres “magiques” qui nous gouvernent

jeudi 10 août 2017 , 212 : visites , par LDA

3% pour le déficit public, 2% d’inflation... À chaque mauvais coup, reviennent des chiffres quasi incantatoires. Répétés tant et tant qu’on finit par penser qu’ils ont une justification. Or il n’en ont aucune autre que celle d’être des armes au service d’intérêts privés.
La “règle d’or” et les contraintes chiffrées que l’UE a imposées à ses états-membres pour l’endettement et les dépenses publiques ont été fixées au jugé, sans réel fondement économique. Mais elles ont permis d’imposer une idéologie et des politiques bien réelles. Les intérêts de l’oligarchie ne sont jamais aussi bien servis que lorsqu’ils sont déguisés en “bonne gestion des finances publiques”. L’Union européenne est passée maîtresse dans l’art de masquer derrière des principes comptables des choix hautement politiques. Depuis la crise de la dette souveraine de 2010, on ne cesse de le marteler : les états européens doivent “respecter les règles”, il en irait tout simplement du fonctionnement fluide de la machine-euro. Contre cet enfumage, il est impératif de désacraliser les chiffres qui sous-tendent ces soi-disant “règles d’or” et de rappeler les orientations idéologiques - et les intérêts particuliers - qui ont très directement façonné les critères de la supposée “bonne gouvernance” monétaire et budgétaire du “système euro”.
Ainsi, par exemple, l’objectif annuel d’inflation de 2% déterminé par la Banque centrale européenne a-t-il toutes les apparences de la neutralité technique. Ce que la BCE ne dit pas, c’est qu’une faible progression des prix vise d’abord à préserver les investisseurs contre l’érosion de la valeur réelle de leurs créances. L’inflation participant à « l’euthanasie des rentiers », comme disait l’économiste Maynard Keynes… Le chiffre de 2% n’a rien d’objectivement “optimal”. L’ancien chef économiste du FMI, Kenneth Rogoff, prône, lui, une inflation de 5 à 6% !
“On a imaginé ce chiffre de 3% en moins d’une heure.”
Quant au plafonnement dans les traités européens des déficits publics à 3% du PIB et de la dette publique à 60% du PIB, son origine est pour le moins anecdotique : il provient d’une décision de l’équipe d’économistes qui entourait Mitterrand en 1981. Parmi eux, Guy Abeille, qui raconte au Parisien en 2012 : « On a imaginé ce chiffre de 3% en moins d’une heure, il est né sur un coin de table, sans aucune réflexion théorique. [...] Mitterrand [voulait] qu’on lui fournisse rapidement une règle facile, qui sonne économiste et puisse être opposée aux ministres qui défilaient dans son bureau pour lui réclamer de l’argent ». L’équipe choisit le 3 : « C’est un bon chiffre, un chiffre qui a traversé les époques, cela faisait penser à la Trinité ». La règle des 60% pour les dettes n’est pas mieux fondée puisqu’elle découle elle-même des 3% de déficit ! Ce sont pourtant ces chiffres, littéralement sortis du chapeau, qui seront inscrits dans le traité de Maastricht de 1992 et renforcés en 2012 dans le cadre du Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG). Bref, des mesures de “bonne gestion” appliquées en mode “pilotage automatique”, faites pour brider les investissements publics, ouvrir la santé, l’éducation, l’énergie, les transports... au secteur privé. Aussi arbitraires soientelles, ces contraintes budgétaires s’avèrent ainsi des armes au service des intérêts privés. L’ultralibéral Alain Madelin a d’ailleurs vendu la mèche dès 1992 : le traité de Maastricht est « une assurance-vie contre le retour de l’expérience socialiste pure et dure », se réjouissait-il.

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