“Ceux qui luttent ne sont pas sûrs de gagner, mais ceux qui ne luttent pas ont déjà perdu.” Bertolt Brecht

L'Humeur
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Interview d’Hubert Wulfranc, maire de Saint-Étienne-du-Rouvray

“La bienveillance plutôt que la surveillance”

mercredi 10 août 2016 , 237 : visites , par LDA

Hubert Wulfranc, maire communiste de Saint Étienne- du-Rouvray, commune endeuillée par l’assassinat du père Hamel le 26 juillet, revient sur le climat et les enjeux qui traversent sa ville et le pays dans son entier.
PAR LDA


Aujourd’hui, vous pouvez parler de reconstruction ?
Hubert Wulfranc : Chaque étape, dès le jour même de la tragédie, était déjà une étape de reconstruction. Ce qui est décisif, c’est d’emprunter ce chemin dans la dignité. L’hommage de la ville au père Jacques Hamel, les échanges, les témoignages, le regard des autres, du chef de l’État aux citoyens de tout le pays, ont été très importants pour redémarrer. Il faut aller mieux. On va aller mieux.
Quelles sont les étapes à venir ?
H.W. : Notre priorité [...] est de nous occuper de notre ville de façon très pragmatique. La prochaine étape que nous préparons est déjà une étape de sociabilité majeure en dehors de tout événement exceptionnel : il s’agit de la rentrée scolaire. Elle va être cruciale et devra être très concrète. Nous disposons déjà de nombreuses propositions et initiatives. Nous allons les examiner. Il faudra assurer une rentrée dans les meilleures conditions, travailler au meilleur climat possible pour les enfants, de l’encadrement à la psychologie.
Quelle étape voyez-vous au niveau national ?
H.W. : La situation appelle à un échange démocratique au plus haut niveau sur les politiques publiques conduites dans ce pays. Je n’ai pas la prétention aujourd’hui, de par mon statut et suite à la confusion des idées dans laquelle nous sommes tous, de tracer des lignes strictes à suivre ou de distribuer bons et mauvais points. J’ai des convictions, qui trouvent écho dans les positions de ceux qui me sont très proches au niveau national. Je n’ai pas changé de convictions. Mais le temps n’est pas à ce que je m’exprime sur ces bases-là. Ce temps viendra, plus tard. Tous les citoyens, tous les élus de proximité, quelle que soit leur sensibilité républicaine - et cette sensibilité veut déjà dire beaucoup - cherchent une parcelle de conviction à réactualiser et à faire remonter au niveau national. J’ai pour ma part parlé de l’importance considérable du champ politique public national au président de la République. Je n’en dirai pas plus sur cet échange.
Vous avez appelé à être les derniers à pleurer. Cela implique de prendre les bonnes décisions, sur un temps long…
H.W. : Il faut dépasser les slogans, concrètement, pour obtenir des actes. L’hommage stéphanais au prêtre n’était pas un slogan, mais un acte, et ça compte. Nous devons matérialiser, incarner ce que nous portons. Dans mon discours, j’ai dit que l’État de droit que notre peuple s’est donné est l’outil de notre République. J’ai insisté sur ce que cela doit vouloir dire tous les jours. Cet État de droit est aussi un État de devoirs que chacun d’entre nous doit respecter. J’ai insisté sur la bienveillance, plutôt que sur la surveillance. Ce n’est pas anodin. La bienveillance, c’est à la fois l’empathie avec les gens mais aussi la fermeté respectueuse. Nous devons continuer à construire un discours de responsabilité citoyenne, sans galvauder les mots. Dire cela, soutenir cela, c’est aussi admettre et reconnaître que parfois on ne va pas dans le bon sens. C’est accepter de se remettre en cause et de se faire remettre à sa place, si vous voyez ce que je veux dire… Quand je dis cela, je dis de rester digne, sans se précipiter, sans s’écharper, pour agir avec discernement. Nous devons reprendre le temps de nous inscrire dans la réflexion.
Vous semblez redouter que certains propos soient susceptibles
d’alimenter clivages ou polémiques…

Hubert Wulfranc : Là-dessus je peux vous répondre. Nous sommes dans un moment de vie du pays où j’ai le sentiment qu’il y a tellement d’enjeux, de risques de basculement possibles qu’il faut tourner cent fois sa langue dans sa bouche. Je n’ai pas de téléphone portable. Les conditions de la communication aujourd’hui sont telles que l’on est très vite dans l’émotion, que ce soit dans l’enthousiasme comme dans la peur ou la condamnation. Dans ce contexte, j’appelle à avoir et à partager une discipline et une éthique. Les enjeux sont trop importants.
Que dites-vous aux citoyens qui, au-delà du terrorisme, s’inquiètent des réactions et du chemin que pourrait prendre la France dans cette épreuve ?
H.W. : Je leur dis d’abord de s’exprimer avec sérénité et fermeté. Je leur dis ce que j’ai essayé de dire aux adultes de Saint-Étienne-du-Rouvray : veillez à votre parole et à la mesure de vos paroles. Soyez acteurs et soyez vigilants à la modération de vos actes, surtout si vous êtes sur le fil sombre. Je leur dis à la fois de dialoguer, de rappeler dans quelle société ils veulent vivre, et de faire attention au quotidien s’ils sont en colère, s’ils sont dans le rejet. Si par exemple quelqu’un entre dans une logique d’exclusion, je lui dis que cela n’est pas juste pour ceux qu’il exclut, mais je lui dis aussi que cela va se retourner contre lui, ou contre ses enfants. Quand on s’invente des ennemis, on en crée, et à la fin tout le monde est toujours perdant.
Pensez-vous que la France est en guerre, comme le déclare le président de la République ?
H.W. : Je ne suis pas chef des armées. La France mène des actes et des missions militaires à l’étranger. C’est une réalité. Mais jusqu’à preuve du contraire, sur le terrain de nos villes et de nos villages, je ne vois pas de citoyens en situation de guerre civile effective. Il est primordial de le préserver. Nous avons beaucoup de travail à mener sur les conditions de préservation de cet état de paix effectif L’un des deux terroristes qui ont tué le père Hamel était stéphanais. Il se disait musulman.
Comment les habitants ressentent-ils cela ?
H.W. : Le terrorisme n’a rien à voir avec l’islam. Beaucoup le comprennent. Dans notre ville, la démonstration a été faite qu’il y a une tolérance, une acceptation entre les croyants de toutes religions et les non-croyants. Après, je ne sais pas où mettre le qualificatif : y a-t-il une tolérance certaine ou une certaine tolérance ? Cela dépend des jours. Mais nous devons tous veiller et travailler au dialogue et à la paix. C’est ce que faisait le père Hamel. C’est ce que fait l’imam Karabila [imam de la mosquée de Saint-étienne-du-Rouvray - ndlr]. Si on ne fait pas ça, on laisse les portes de la boutique ouvertes à ceux qui ne sont pas républicains. Vous avez dit à l’archevêque de Rouen que votre sensibilité politique et sa religion avaient des choses à se dire…
Quand le pape dit que l’argent est le premier facteur du terrorisme mondial, cela vous parle ?
H.W. : Les valeurs de respect, de justice, de paix, d’amour sont partagées par beaucoup. Nous avons donc des choses à nous dire, avec cette religion et aussi avec les autres ! Ce que dit ici le pape, c’est plutôt pas mal, non ? Je me souviens toujours d’une une de Paris Normandie dans les années 1970 sur « la religieuse et l’ouvrière ». En réalité, on a tous des choses à se dire, croyants comme non-croyants. Tous les citoyens doivent réfléchir dignement, avec bienveillance, en tant que citoyens. C’est comme ça que l’on trouvera les bonnes solutions. Elles ne peuvent être que démocratiques et communes.
Entretien réalisé par Aurélien Soucheyre pour l’Humanité

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