“Un gouvernement injuste familiarise les esprits des sujets avec l’injustice et fait que peu à peu ils s’accoutument à la voir sans horreur.” Paul-Henri Thiry, baron d’Holbach

L'Humeur
  • L’UPOP trace le sillon
  • 7 avril 2016,
    par Malicette
  • Bernard Friot propose un salaire à vie pour tous. C’est une idée neuve… si on veut, car les fonctionnaires bénéficient déjà de cette disposition. C’est le « pour tous » qui pose problème. Un salaire pour tous, reconnu comme un droit universel, comme (...)

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Romilly-sur-Seine - Conférence-débat de l’UPOPAube

Eradiquer le chômage, c’est possible

jeudi 7 avril 2016 , 267 : visites , par LDA

100 personnes au rendez-vous avec Bernard Friot organisé par l’UPOPAube le 6 avril à Romilly. Nous reproduisons une interview de l’économiste donnée à la presse locale où il expose sa théorie du salaire à vie.
Économiste et sociologue, vous défendez depuis de longues années une alternative au capitalisme en préconisant l’idée d’un salaire à vie. Vous pouvez nous en dire plus ?

Bernard Friot : Seul notre travail produit la richesse. Les actionnaires et les prêteurs sont des parasites qui n’apportent comme capitaux que ce qu’ils viennent de voler sur notre travail par le profit. Pour nous tenir en respect, ces parasites nous obligent à venir manger dans leurs mains en réservant le salaire à ceux qui se soumettent à eux. Plus ils détruisent notre industrie et nos services publics, que seul notre travail a construits, plus ils sont arrogants et pratiquent un « dialogue social » ou des « référendums d’entreprise » en nous mettant sur la tempe le pistolet du chantage à l’emploi et au crédit. Il est temps de nous passer des parasites. Nous le faisons déjà pour produire l’éducation et la santé, avec des travailleurs ayant un salaire à vie, n’engraissant aucun actionnaire et - jusqu’aux dernières décennies - se passant des prêteurs grâce à la socialisation de la valeur dans une caisse de sécurité sociale qui subventionnait l’investissement hospitalier. Nous pouvons absolument tout produire comme la santé.

Les salariés ne seraient donc, plus, par essence, obligés d’aller travailler. N’est-ce pas là une façon d’organiser une oisiveté généralisée ?
Qu’est-ce qui pourrait pousser, en effet, les gens à travailler s’ils reçoivent un salaire à vie ?

B. F. : J’ai effectivement lu cette sottise dans un blog local incitant ses lecteurs à ne pas se déplacer mercredi pour débattre avec moi. Je prends un exemple : vous êtes journaliste, détestez-vous à ce point ce travail que si vous avez un salaire à vie, vous allez rester chez vous ? Évidemment pas, car c’est par le travail que nous nous humanisons. Si nous avons un salaire à vie, pour pouvoir travailler, il faudra que nous soyons embauchés dans une entreprise dont nous pourrons être licenciés si nous ne faisons pas l’affaire. Ou alors nous serons indépendants, mais encore faudra-t-il que nous ayons des clients, sinon nous devrons mettre la clé sous la porte faute de pouvoir payer nos fournisseurs. Le salaire à vie ne supprime pas la sanction d’un échec professionnel. Mais il supprime la double peine. L’échec professionnel, toujours difficile à assumer, n’est pas doublé de la mort sociale du chômage et de la suppression du salaire au Avec le maintien de la qualification et du salaire, le salaire à vie permet de rebondir.

En quoi le salaire à vie se différencie-t-il d’un revenu minimum garanti ?
B. F.  : Ce sont deux propositions contradictoires. Les parasites sont tout prêts à nous filer un revenu minimum pour avoir la paix alors qu’ils organisent la délocalisation des entreprises qu’ils se sont appropriées. Ça nous permettra de faire des jardins bio ou de produire notre électricité domestique pendant qu’ils continueront à faire leur beurre dans l’agrobusiness et l’électricité nucléaire. Au contraire, au coeur du salaire à vie, il y a l’expropriation des capitalistes et la copropriété d’usage de l’outil de travail par les travailleurs eux-mêmes.

Le salaire à vie pourrait-il être versé de la naissance à la mort ?
B. F.  : Non, le salaire reconnaît la contribution à la production, ce n’est pas un revenu d’existence. Il pourrait être attribué à 18 ans comme droit politique venant enrichir une citoyenneté qui, réduite au droit de suffrage, est en train de mourir avec de grands dangers pour la démocratie. À 18 ans, chacun aura trois droits : le premier niveau de qualification et la possibilité d’une carrière salariale, la propriété d’usage de tous les outils de travail qu’il utilisera (et donc la décision sur ce qui est produit), la participation à la délibération des caisses de salaire, des caisses d’investissement, des jurys de qualification. n À lire dans l’Humanité du 18 mars une longue interview de Bernard Friot : www.humanite.fr/bernard-friot-un-capitalisme-rentier-qui-nassume-plus-detre-employeur- 602372

“Seul notre travail produit la richesse. Les actionnaires et les prêteurs sont des parasites qui n’apportent comme capitaux que ce qu’ils viennent de voler sur notre travail par le profit. [...] Il est temps de nous passer des parasites.”

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