“Ce n’est pas une miette de pain, c’est la moisson du monde entier qu’il faut à la race humaine, sans exploiteur et sans exploité.” Louise MICHEL

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  • Pour une nouvelle politique industrielle
    2 octobre 2014

    La France se désindustrialise chaque jour un peu plus : la production industrielle a reculé de 11 points en 25 ans. Un million d’emplois ont été détruits depuis l’an 2000. Et ça continue... L’Aube subit encore aujourd’hui les choix de désindustrialisation qui privilégient la rentabilité financière contre l’emploi. Contrairement à ce qui est rabâché, ce (...)

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Le dessin

2 octobre 2014
L'Humeur
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  • 2 octobre 2014,
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Pour une nouvelle politique industrielle

jeudi 2 octobre 2014 , 240 : visites , par Rémi

La France se désindustrialise chaque jour un peu plus : la production industrielle a reculé de 11 points en 25 ans. Un million d’emplois ont été détruits depuis l’an 2000. Et ça continue...

L’Aube subit encore aujourd’hui les choix de désindustrialisation qui privilégient la rentabilité financière contre l’emploi. Contrairement à ce qui est rabâché, ce n’est ni le résultat de la “crise”, ni la conséquence d’un “coût du travail” trop élevé. Fable aussi que cette “ère post-industrielle” qui imposerait de conserver sur notre sol les activités à haute valeur ajoutée et de délocaliser d’autres activités vers les pays à bas salaires. Ce sont aujourd’hui toutes les filières qui font les frais de cette logique financière. Et malgré trente ans d’échecs, le gouvernement l’a reprise à son compte, l’amplifiant et aggravant la crise. Pourtant, d’autres choix économiques peuvent être faits.

Entre 1980 et 2010, l’industrie française a perdu près de 40% de ses emplois

La casse : un choix, pas une fatalité !

Face au pacte de régression sociale Hollande/Medef, c’est un compromis social de progrès, tel que fut le programme du CNR dans les conditions de son époque, que nous proposons.

C’est devenu une évidence. Le “marché” se préoccupe du court terme et des profits immédiats. C’est pourquoi il faut lui substituer une logique prospective et planificatrice qui oriente les efforts et les investissements ; une vision stratégique et démocratique contre la logique destructice de la finance.

TRENTE ANS D’ÉCHECS
Malgré tous ses coups de com’ sur le “redressement productif”, le choix du gouvernement perpétue la ligne économique libérale de tous ses prédécesseurs depuis 30 ans. Mettre au coeur de sa politique la baisse du “coût du travail” ne réglera rien, sauf enrichir les capitalistes. Bien au contraire, toutes les mesures qui ont été prises pour diminuer les charges des entreprises n’ont jamais permis d’enrayer la casse des emplois. Et pour, au moins, deux raisons. La première, c’est que, pour l’essentiel, les patrons, qui n’ont aucun compte à rendre sur son utilisation, mettent l’argent public au service de leur logique de rentabilité financière. Le CICE, qui a commencé cette année à tomber dans l’escarcelle patronale, en est l’illustration, y compris dans l’Aube, où une entreprise romillonne qui en bénéficie a supprimé, depuis le début d’année, une quarantaine d’emplois. La recherche, l’investissement et l’embauche restent les parents pauvres et en béneficient de manière très marginale, pour ne pas dire anecdotique. La seconde raison, c’est que la baisse des salaires, des dépenses de la protection sociale et des investissements publics aura un effet négatif sur l’économie. En s’entêtant dans cette politique et en l’amplifiant, M. Valls appuie sur le frein de la reprise économique et aggrave davantage la crise.

UNE GRANDE BATAILLE
Pourtant, la France, 5ème puissance économique mondiale, est un pays qui, même au coeur de la crise, est un pays riche. Nous disposons d’infrastructures de transports, de services publics et d’une main d’oeuvre très qualifiée et - encore un mensonge patronal auquel il convient de tordre le cou - parmi les plus productives au monde. Dans de nombreux domaines, le haut niveau de notre recherche nous a placé à la pointe de la connaissance. Pour valoriser ces atouts, une nouvelle conception de l’entreprise doit émerger. Non plus une structure opaque, déterritorialisée et dont l’objectif est de maximiser les profits, mais un collectif humain, inscrit dans un territoire avec ce que cela suppose de responsabilités, car elle profite de services publics, d’infrastructures, etc. à la concurrence (loi cadre du marché) doit se substituer la coopération et la mutualisation. Par exemple, en coopérant sur des projets communs plutôt que de se faire la guerre économique. “Aimer l’entreprise”, ce n’est pas aimer ses actionnaires. C’est donner aux salariés des droits d’intervention directe ; pour définir ce qui doit être produit, dans quelles conditions, avec quelle stratégie, quelles priorités, quelle organisation du travail et quelle utilisation de la richesse produite. Cela ne tombera pas du ciel, cela passe par une grande bataille politique pour rompre avec les dogmes libéraux qui détruisent nos industries et nos emplois.


Pour valoriser notre industrie et les atouts de notre pays, une nouvelle conception de l’entreprise doit émerger.


La parole à...DAVID MORIN SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L’UNION DÉPARTEMENTALE CGT

 

 

La dépêche de l’Aube : La situation de l’emploi, notamment dans l’industrie, continue de se dégrader dans l’Aube, peux-tu nous en dire quelques mots ?
David Morin : Tout d’abord, présentons les chiffres du chômage autrement que ce qui se fait dans la communication de Pôle emploi : ce n’est plus le taux de demandeurs d’emploi qui nous est donné mais leur nombre, alors qu’il a frôlé les 12% au 2ème trimestre 2014, ce qui va bien au-delà des moyennes nationale et régionale. L’Aube est jusqu’à maintenant un département plus industrialisé que la moyenne. Notre tissu industriel est donc structurant, les menaces de suppressions d’emplois, voire de disparitions d’entreprises, n’en sont que plus affolantes.
D’autant qu’un emploi industriel induit 3 à 4 emplois dans les services, le commerce, le transport, la
sous-traitance… Si ces stratégies patronales arrivaient à leur terme, nous pourrions subir par inertie un chômage aubois autour de 13%. Les bassins d’emplois les plus touchés seraient l’est Aubois avec environ 1 000 emplois menacés, particulièrement dans les secteurs du bois et de l’ameublement. Ce que nous dénonçons, c’est le manque de perspectives, de la part des pouvoirs publics et du patronat, afin d’adapter notre industrie de façon à la conserver et la développer.

LDA  : CICE, ANI, baisse du coût du travail, etc., toutes les initiatives du gouvernement sont vécues comme autant de cadeaux au patronat et sans aucun effet sur l’emploi. Qu’en pense la CGT et quelles actions envisage-t-elle en cette rentrée ?
D.M. : On y ajoute le dit « pacte de responsabilité et de solidarité » qui en fait aussi partie. Tous ces cadeaux faits au patronat ont le point commun d’amputer notre protection sociale ! Toutes ces aides participent à l’idée que le travail serait un coût. Or ce qui coûte, c’est le capital, le travail crée des richesses ! C’est pour cela que la
CGT a lancé une campagne sur le coût du capital.
220 milliards
d’euros par an d’offrandes au patronat sans impact positif sur l’emploi, c’est le bilan de nos gouvernements successifs. Depuis 2003, les dividendes versés aux actionnaires ont dépassé l’investissement, sans être aucunement freinés par la crise. Le CICE offert au secteur bancaire est un exemple édifiant quand on sait que les effectifs y sont en baisse et que les salaires stagnent ! Cet argent public n’a donc servi à rien d’autre qu’à contenter quelques intérêts particuliers.
Ce dont nous avons besoin, c’est d’une économie pour l’intérêt général. Cela passe par d’autres choix, nouveaux et progressistes, comme entre autre : une réforme de la fiscalité juste et équitable, la mise en place d’un pôle public financier, le contrôle et les contraintes pour chaque
euro public dépensé, le contrôle et un droit de veto des représentants du personnel, la mise en place d’un indice du coût du capital.
Nous revendiquerons tout cela et plus encore lors de la Journée nationale d’action le 16 octobre, nous donnons rendez-vous à 14 h 30, place
Jean-Jaurès à Troyes.

IL FAUT UNE INDUSTRIE PUISSANTE
Plutôt que de partir des logiques financières qui ont asphyxié notre tissu industriel, il faut partir des besoins humains.
• Ceux-ci sont immenses : se doter de réseaux interconnectés de transports, de télécommunications, inventer et construire les véhicules, les modes de transports et les logements non polluants dont la population a besoin, relancer la recherche dans la santé et l’industrie pharmaceutique, développer le “mix énergétique” pour répondre aux besoins en énergie tout en réduisant très significativement les émissions de CO2, investir dans l’internet et les technologies de l’information, développer une industrie agro-alimentaire de qualité et permettant de nourrir l’humanité, etc.

ENGAGER LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE
Ce que nous proposons, ce n’est pas de revenir à un modèle industriel ancien. Le renouveau industriel que nous proposons se donnera comme objectifs prioritaires :
• de rompre avec l’obsolescence programmée : il est irresponsable de continuer à concevoir des produits dont la “durée de vie” est artificiellement planifiée et limitée.
• la sécurité des consommateurs, des salariés comme la préservation des ressources naturelles et des écosystèmes doivent être intégrés dès la conception d’un produit, mais aussi le recyclage des matériaux qui le composent.
• la création de nouvelles filières de maintenance et de réparation dans une logique d’économie circulaire ouverte. Ce nouveau cap se confronte directement aux logiques productivistes du marché, celles qui privilégient la rentabilité maximum et immédiate, celles qui compriment les “coûts” quelles que soient les conséquences.

L’ARGENT EXISTE POUR FINANCER CE NOUVEAU CAP

Le renouveau industriel suppose une autre utilisation de l’argent. Les richesses existent en France pour financer un tel changement de cap.
• La France n’a jamais été aussi riche mais le patronat accapare une grande partie de la richesse créée pour rémunérer les actionnaires. Pour enrayer cette logique, la fiscalité des entreprises peut être un levier décisif pour décourager notamment les activités boursières et financières spéculatives et, au contraire, accompagner et soutenir les projets utiles et socialement performants.
• Le crédit est également un outil puissant. Au sein de l’Union européenne, la France peut agir pour une autre politique du crédit. En France, un pôle public du crédit composé, entre autre, de la Banque publique d’investissement (BPI), de la Caisse des dépôts, de la Banque postale, d’une banque à nationaliser et de banques coopératives, pourrait être créé. Il financerait les projets industriels conformes aux objectifs stratégiques, porteurs d’emplois et respectueux de l’environnement, pourrait aider les salariés à reprendre l’activité de leur entreprise. Il est également possible de réorienter l’épargne salariale et des fonds d’assurance-vie.

Préparons ensemble la convention “industrie” des 22 et 23 novembre
Le
PCF a mis en débat un avant-projet qu’il soumet à la réflexion de toutes et de tous. Nous souhaitons que la convention et sa préparation soient animées par la volonté de réfléchir et de débattre de manière très large avec celles et ceux qui partagent les mêmes préoccupations et souhaitent que, dans un modèle productif profondément renouvelé, l’industrie française joue un rôle majeur au service de la réponse aux besoins et du développement humain durable.

Le texte est téléchargeable à l’adresse internet suivante :

[http://www.pcf.fr/58500->http://www.pcf.fr/58500]

Des contributions peuvent être adressées à Yann Henzel : [yhenzel@pcf.fr->mailto: yhenzel@pcf.fr]

P.-S.

La dépêche de l’Aube N1306

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