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AVIGNON 2010

À LA « CASERNE DES POMPIERS »

jeudi 29 juillet 2010 , 383 : visites , par Jean Lefevre

BUREAU NATIONAL DES ALLOGENES de Stanislas Cotton. Cie LA STRADA

Ce n’est pas pour me vanter, mais la Strada est une Compagnie troyenne. Ses créations vont bien au théâtre, comme Emmanuelle Béart va bien aux costumes et Stanislas Cotton aux délires de cette joyeuse troupe. Après les « Biscuits roses » et «  Ciao Bella » de Bartelt, « Face de cuillère » de Lee Hall, « La fabrique du monde » de J.P. Siméon, la Cie s’attaque encore à de l’humain et du social. Du politique diront certains, comme si le politique ne faisait pas l’intimité des faits et gestes de chacun d’entre nous.

Le « Bureau des allogènes » de Stanislas Cotton, porte la question sociale sur la scène. Mais l’auteur au verbe chaleureux, ajoute dérision, humour décalé, grotesque même, au coeur de l’humaine condition. Le héros s’appelle Robert Rigodon ! Pas sérieux pour un type qui va se suicider. Ridicule même pour un type au métier si sérieux ! Métier qui consiste à recevoir les « allogènes, c’est-à-dire les immigrés, dans son bureau de façon très administrative. Mais cette activité consiste aussi à éplucher la conformité et à découvrir toutes les raisons minuscules mais légales qui l’entraînent, lui, pauvre cadre administratif à les renvoyer chez eux. Métier qui consiste à être humain pour une tâche inhumaine. Justice et cruauté vont parfois l’amble. Ce conflit cornélien fera qu’il se jettera par la fenêtre. La confortable condition de M. Rigodon (marié, 2 enfants, vacances en Espagne) se terminera sur la cour pavée de l’immeuble.

François Cancelli interprète ce rôle à merveille. On pourrait lui reprocher d’en rajouter un peu, mais ce jeu permet le contre-jeu de Monsieur Bongo (Joël Lokossou) homme du Sud, grave et calme, venu lui demander si « en tant qu’être humain », il pouvait continuer ce sale métier, continuer à trier les demandeurs d’asile, les naufragés du bout du monde, chassés par la misère, la guerre ou la famine.

Cette pièce est le contraire du Bouc. Pas de manichéisme. Chaque personnage contient vice et vertu. Il y a de l’humain dans ce pantin verbeux confronté à l’irruption du conflit Nord/Sud dans son bureau. Le Sud écrasé, ridiculisé, colonisé a le visage et le discours de la sagesse. Joël Lokossou, dans ce rôle, est parfait. La mise en scène de Catherine Toussaint apporte beaucoup de lumière dans ce conflit. Elle éclaire en effet la beauté musicale du texte et met parfaitement en opposition les deux mondes antinomiques.

Sur scène Denis Jarowski apporte peut-être des pauses musicales utiles. Je ne l’ai pas ressenti. La scénographie est idéale ainsi que cette curieuse machine sur laquelle se meut Rigodon. Lumières et costumes collent parfaitement au sujet. La pièce a été donnée au théâtre Gérard Philipe en février dernier.

Jean Lefèvre

La Dépêche de l’Aube

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N1088

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