“Aujourd’hui, quand vous vivez dans une famille ouvrière, vous avez peur que vos enfants tombent dans la misère. Pourquoi ? Parce que la politique actuelle contribue à accumuler des richesses.” Pierre Laurent

Accueil > Archives > Champagne Ardenne > Toute la région > UNE RÉGION A L’INITIATIVE MALGRÉ LA CRISE

UNE RÉGION A L’INITIATIVE MALGRÉ LA CRISE

vendredi 4 septembre 2009 , 765 : visites , par LDA

La Dépêche de l’Aube publie une interview que le Président de la région Champagne-Ardenne, Jean-Paul Bachy, a accordé au journal communiste de la ruralité " La Terre " sur les enjeux agricoles et ruraux dans la région.

La Terre :

Pouvez-vous nous dresser un rapide tableau de la ruralité dans votre région ?

Jean-Paul Bachy

 : La région est très diversifiée, avec pratiquement tous les secteurs de l’activité agricole ; à commencer par le champagne, qui est à la fois une vitrine et un moteur économique

- pour l’instant relativement épargné par la crise. Nous avons aussi un secteur grandes cultures (betterave, céréales, luzerne...) extrêmement important. Et puis nous avons des zones d’herbages, plus caractéristiques des zones nord-est et sud de la région, avec de l’élevage laitier et viande et quelques particularités comme la race chevaline ardennaise. Il y a dans ces zones plus d’exploitants que dans la zone champenoise ; et ce n’est ni le même type d’agriculteurs, ni le même type de culture - au sens idéologique du terme. C’est une mentalité plus individualiste, plus traditionnelle, que dans le secteur puissamment organisé des grandes cultures. Enfin, le secteur forestier compte beaucoup, puisque nous avons une surface forestière qui couvre entre 26% et 27% du territoire, nettement au-dessus de la moyenne nationale.

La Terre :

La région intervient-elle beaucoup dans le secteur agricole ?

J.P.B. :

Notre stratégie, c’est de donner une cohérence, d’organiser une solidarité entre ces différents terroirs et ces différentes filières. Nous donnons donc plus de soutien aux secteurs en souffrance qu’à ceux où le revenu est à la fois plus sécurisé et plus élevé...Par exemple, nous avons fait de gros efforts sur l’aide à la modernisation des bâtiments d’élevage, notamment pour ceux qui choisissent le bois. Nous avons développé et organisé une filière ovine, créé un conseil régional du cheval pour fédérer les différentes professions de ce secteur... Il s’agit à la fois d’aménager un territoire à la géographie très contrastée, très typée, et de soutenir les secteurs soit les plus en difficultés, soit les plus innovants. Nous soutenons le développement de l’agriculture biologique avec des crédits pour tous investissements ou conversion ; et d’autre part, nous avons imposé que les lycées de la région aient recours de façon régulière à des producteurs bio locaux. Nous avons - en commun avec la Picardie- un pôle de compétitivité pour la valorisation industrielle des agro-ressources, avec trois axes : énergies, nouveaux matériaux, et biochimie. Il s’agit de travailler sur les molécules et les fibres d’origine végétale pour développer toutes les applications possibles et imaginables. Et plus on avance, plus on voit que c’est intéressant, au point d’imaginer pour demain une forme de chimie qui pourrait se passer des produits de synthèse d’origine fossile, et en particulier du pétrole.

La Terre :

Ces secteurs peuvent-il permettre à la région de rebondir, alors que les dernières années ont bien éprouvé son industrie ?

J.P.B. :

Notre région vit une mutation économique et industrielle importante, où les secteurs traditionnels - métallurgie, textile - sont épaulés par des activités liées à l’environnement et à l’agroindustrie. Mais ces secteurs dits traditionnels demeurent extrêmement compétitifs. Dans les Ardennes, les activités métallurgiques sur les produits de fonte ou les produits forgés ont atteint un tel degré de sophistication qu’elles exportent dans le monde entier.

Donc non seulement ces secteurs méritent qu’on les défende, mais ils sont même en train de rebondir. La conséquence de la crise, c’est que les plus faibles disparaissent. Mais il reste des secteurs d’avenir : ceux où la part de la valeur ajoutée liée à la recherche est la plus importante. Et aujourd’hui, ils sont souvent liés à la valorisation des produits agricoles.

La Terre :

Dans quels termes se pose la problématique des services publics dans la région ?

J.P.B. :

On retrouve les mêmes contrastes et la même préoccupation d’aménagement du territoire. Nous avons une densité de population de seulement 53 habitants/km2, et certains secteurs ruraux sont très faiblement peuplés, y compris dans les secteurs réputés " riches ". Pour le reste, la problématique est hélas bien connue, puisque nous avons un gouvernement qui considère que là où la fréquentation est moindre, il est opportun de supprimer les services, suivant une stupide logique arithmétique, " budgétariste ", qui aggrave le mouvement au lieu de l’enrayer. Cela touche des domaines sensibles comme le secteur scolaire ou la santé, par exemple. Nous avons ainsi des arrondissements où la présence de médecins commence à devenir critique, avec une moyenne d’âge professionnelle élevée et des remplacements hypothétiques. Face à cela, deux solutions : former davantage de médecins pour en mettre davantage sur le marché ; ou alors, créer des écoles là où il n’y en a pas. Nous avons ainsi créé de toutes pièces une école de kinésithérapie, rattachée à l’Université de Reims mais intégralement créée et financée par le conseil régional.

Nous avons là une grande majorité d’étudiants venus de la région, et cela nous amène donc naturellement de nouveaux kinés
- alors que jusqu’à présent, les seuls à venir étaient des kinés belges. Et puis nous avons amorcé un soutien de la Région aux structures intercommunales pour les aider à mettre en place des équipements comme des maisons médicales , des secrétariats et des services partagés qui permettent d’attirer de jeunes praticiens en les aidant à résoudre des problèmes de vie quotidienne. C’est efficace, donc nous allons amplifier ces mesures dans les années qui viennent. Pour le reste, il y a des domaines dont nous ne sommes pas maîtres : nous avons beau financer des équipements, ce n’est pas nous qui créons ou supprimons des postes dans l’Education nationale. Nous sommes donc moins en capacité d’intervenir. Alors quand des mouvements s’engagent pour garder des écoles, ouvrir des filières, conserver des bureaux de poste... nous ne manquons pas de les soutenir.

La Terre :

Mais dans le domaine des transports, le Conseil régional intervient directement ?

J.P.B. :

Oui. Mais là aussi, faible population et grandes distances se conjuguent pour créer une difficulté supplémentaire, puisque le nombre de voyageurs potentiels pour financer les équipements est plus faible qu’ailleurs. Mais nous avons délibérément donné la priorité aux transports collectifs, avec un effort considérable sur le ferroviaire. Nous avons complètement renouvelé les matériels, accompagné l’arrivée du TGV sur le nord de la région par une augmentation de 40% de l’offre TER (train express régional), la rénovation des gares. Pour les besoins spécifiques des zones rurales, nous essayons de développer l’inter-modalité avec les services de transports des Conseils généraux : cars, taxis collectifs.

D’ici la fin du mandat, nous allons réussir à mettre en place un système commun de réservation sur l’ensemble des transports publics de la région, ce qui constituera une innovation très importante

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N1041

Répondre à cet article

Société Nouvelle de la Dépêche de l’Aube, 22 ter rue Anatole France- 10000 TROYES. Tél 03 25 73 32 82. Fax 03 25 73 84 13 6 SARL au capital de 300 euros. Durée 99 ans. Gérant-Directeur : jean Lefevre. Associés à part égales : Jean Lefevre, Anna Zajac, Hugues Petitjean, Françoise Cuisin, Geneviève Delabruyère. Inscription Commission Paritaire N°0211 C 87550. Abonnements : 1 ans = 30 euros Régis, publicité, petites annonces : La Dépêche de l’Aube - Imprimerie JMI 87, av Gallieni 10300 STE-SAVINE.

|