“Les macronistes, ces personnes étranges qui veulent des contreparties aux aides sociales, mais qui distribuent sans condition des subventions aux grosses multinationales !" Ian BROSSAT

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GÉNÉROSITÉ ET PERVERSIONS

jeudi 26 mars 2009 , 620 : visites , par Guy Cure

L’évolution des religions m’est toujours un sujet d’étonnement.

Évolution des religions ou évolutions des religieux ? Comment le message d’amour de Jésus peut-il être porté par l’Inquisition  ? Comment le peuple juif si souvent persécuté peut-il se donner des dirigeants persécuteurs ?

Comment le détachement bouddhique peut-il donner naissance à une oligarchie despotique ?

Comment la science et la poésie arabes médiévales peuvent-ils se référer aux mêmes origines que les obscurantismes islamistes ?

Peut-on se contenter d’observer que toutes ces religions sont masculines, et penser que les luttes pour l’égalité des sexes sont la voie du salut ?

L’athéisme, religion d’état, n’est pas en reste dans l’alternance du meilleur et du pire. Depuis quelque temps, Benoît XVI fait fort. Les outrances de ces dernières semaines ne sont que l’aboutissement (une étape ?) d’une action réactionnaire qui ne fait que s’accélérer.

Quelques semaines après l’élection de Benoît XVI, Monseigneur Vingt-Trois a présenté le procès en béatification du professeur Lejeune, qui n’hésitait pas pour protéger la vie des embryons, à faire irruption dans les blocs opératoires, quitte à y mettre en danger la vie des femmes venues y subir une IVG. En juillet 2007, Benoît XVI publiait un Motu proprio autorisant le retour à la messe en latin (voir la Dépêche du 21/7/2007). Il était clair qu’il ne s’agissait pas que d’une question de rite, mais que l’enjeu était double : donner un coup de canif à Vatican II, et préparer la levée de l’excommunication des traditionalistes, sanctionnés parce qu’ils refusaient les conclusions du concile ouvert par Jean XXIII.

Les pourparlers entre le Vatican et les quatre évêques consacrés par Monseigneur Lefèbvre ont abouti, et la levée de l’excommunication a été rendue publique le 24 janvier dernier. Il ne semble pas qu’il y ait eu un compromis : le texte papal n’a pas un mot sur Vatican II.

La décision papale n’aurait sans doute pas eu ce retentissement sans les déclarations négationnistes de Mgr Richard Williamson. Les chrétiens ont dû boire le calice jusqu’à la lie. C’est en novembre dernier que Mgr Williamson a déclaré : " Je crois qu’il n’y a pas eu de chambres à gaz (...) Je pense que 200 000 à 300 000 Juifs ont péri dans les camps de concentration, mais pas un seul dans les chambres à gaz " Que cette déclaration ait été rendue publique deux jours avant la publication du décret par Benoît XVI est une provocation énorme. Le pape ne s’y est pas arrêté ; une vraie marche à Canossa... ( [1]). Une ligne de fracture est apparue dans la hiérarchie catholique : Le cardinal Vingt-Trois, successeur du cardinal Lustiger à l’archevêché de Paris, et président de la conférence des évêques de France, a d’abord estimé que " c’est un geste d’ouverture pour fortifier l’unité de l’Église." L’avenir le dira, et dira aussi le prix à payer. Mgr Vingt-Trois, lors de sa conférence de presse a évoqué la " bêtise " des propos de Mgr Williamson et ajouté : " Je comprends très bien qu’un certain nombre de catholiques vont avoir une arête en travers de la gorge devant les propos de Mgr Williamson. Moi aussi j’ai une arête en travers de la gorge ! Mais cela ne m’empêche pas de respirer. " En somme, il ne faut pas s’arrêter à un détail de l’Histoire ? Dans un communiqué publié le 28 janvier, la conférence des évêques de France a pris clairement position  : " La levée de l’excommunication n’est pas une réhabilitation. Elle constitue le point de départ d’un long chemin qui supposera un dialogue précis. En aucun cas, le Concile Vatican II ne sera négociable ". L’enjeu est bien de savoir si l’Eglise sera " proche des hommes de ce temps ".

La polémique n’était pas apaisée que le Vatican affirmait sa prétention à gérer la vie de tous les humains, de la naissance et avant, jusqu’à la mort. Avec la mort d’Eluana, décédée après 17 années de coma irréversible, Benoît XVI et Berlusconi ont fait preuve d’un manque de compassion sidérant.

C’est le même mépris pour ceux qui souffrent qui a inspiré la série d’excommunications après l’avortement d’une fillette de 9 ans, victime d’un viol et enceinte de jumeaux.

Geneviève Fraisse affirme dans une tribune libre parue dans l’Humanité que " les religions n’aiment pas les droits des femmes ". Quand il faut déduire d’une déclaration de Benoît XVI que le préservatif favorise la propagation du sida, on peut élargir la question : les chefs religieux aiment-ils les humains ? Question saugrenue quand elle vise entre autres l’auteur d’une encyclique intitulée " Dieu est amour " ? Si l’on en croit les sondages, l’opinion publique a répondu et le divorce est consommé ; de nombreux catholiques souhaitent même la démission du pape. Une démission improbable et qui ne résoudrait rien, les mêmes cardinaux si mal inspirés qui ont voté pour Ratzinger sont ceux mis en place par Jean-Paul II et ils n’ont fait qu’assurer la continuité. Quelques-uns se réjouissent de prises de position rétrogrades, qui distendent les liens entre l’Eglise et les populations. On peut aussi déplorer que les forces les plus réactionnaires reçoivent ainsi une caution morale officielle, et considérer que tout ce qui favorise l’obscurantisme et tend à déposséder l’homme de son destin est déplorable. Mgr Vingt-Trois pariait sur " l’unité de l’église " derrière son chef... Peut-il y avoir unité de l’église dans un monde qui se craquèle ? La crise que nous vivons est au moins une crise structurelle, peut-être le début d’une crise de civilisation. C’est l’économie qui est touchée, la vie et la survie de millions d’humains qui sont en cause ; c’est le gaspillage des ressources naturelles qui amène à se poser la question de savoir si la Terre sera une " planète Vie ou une planète Mort " ( [2]).

Quand le capitalisme fait des ravages, quand la misère gagne du terrain, quand l’avenir et la dignité de l’Homme sont menacés, ce n’est pas le moment de se laisser diviser par des idées rétrogrades. Pour tous les hommes de bonne volonté, il s’agit de faire vivre l’espérance d’un monde beau.

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N1018

Notes

[1L’empereur germanique Henri IV, excommunié, dut se rendre à Canossa, où résidait le pape et s’humilier devant lui.

[2Titre du livre de Mgr Stenger, qui n’a hélas rien perdu de son actualité.

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